Le FIFDH Forum du film et forum international sur les droits humains du 10 au 19 mars 2017, fête cette année ses 15 ans

Tawakkol KarmanDevenu l’événement le plus important pour le cinéma et les droits humains à travers le monde, le FIFDH réunit, du 10 au 19 mars 2017, 300 invités de 62 pays et propose 134 évènements au coeur de Genève pendant la session principale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Au programme pendant 10 jours projections, débats, conférences, lectures, théâtre, musique, arts plastiques et photographie, à travers 45 lieux du Grand Genève, à Lausanne, Orbe, Bienne et dans la Vallée de Joux. Le Forum a abordé, à travers 19 débats publics de haut niveau: les guerres au Yémen, avec Tawakkol Karman, Prix de la Paix 2011 (en photo à gauche), et en Syrie, avec Stephen Rapp, ancien haut responsable de l’administration Obama et ancien procureur au Tribunal pénal international pour le Rwanda et en Sierra Leone.
Plusieurs personnalités de premier plan ont assisté au festival: L’ancienne présidente du Brésil Dilma Rousseff pour le Forum: Combattre la faim et la misère: les exemples du Brésil et de l’Inde samedi après-midi, suivi d’une conférence de presse (photo prise pour nous par Miguel Bueno), la Secrétaire générale de la Francophonie Michaëlle Jean, qui viendra ouvrir le Festival et remettre le prix Martine Anstett, et Cédric Herrou, agriculteur de la Roya, pour le débat «Migrations, le temps de la désobéissance? Channel 4 présentera la première mondiale de son film-événement Syria s Disappeared: The Case Against AssadPinar Selek. La journaliste Manon Loizeau montrera, en première mondiale, Silent War un documentaire coup de poing tourné en Syrie. Ghost Hunting de Raed Andoni, qui vient de recevoir le Prix du meilleur documentaire à la Berlinale sera projecté en présence du cinéaste et de deux protagonistes, tous anciens détenus dans la prison israélienne de la Moscobiya.

Le premier week-end a été consacré pour une grande partie au conflits du monde arabe: Syrie, Iran, Irak, Afghanistan et au conflit israélo-arabe avec des forums (des débats autour d’un film et d’un sujet). Le festival s est préoccupé de l’avènement d hommes forts, comme en Turquie, avec la sociologue et dissidente turque Pinar Selek (photo à gauche): L’écrivaine et sociologue turque, militante pour les droits de femmes, des Kurdes et des Arméniens, est réfugiée en France, où elle enseigne les sciences politiques à l’Université de Nice, est membre du jury, a participé au débat d’ouverture du Festival: Turquie, l’inquiétante transformation d’Erdogan et la projection du film: Erdogan, l’ivresse du pouvoir de Guillaume Perrier et Gilles Cayatte vendredi soir et était l‘invité samedi à la Bibliothèque de la Cité autour de ses livres, dont quatre ont été publiés en français, Loin deDaniel_Bar-Tal_Ali chez moi…mais jusqu’où? (2012), La maison du Bosphore (2013), Devenir homme en rampant (2014) et Parce qu’ils sont Arméniens (2015).

Leo KanemanStephen ApkonCarte blanche à Leo Kaneman, Président d’honneur et Fondateur du FIFDH (photo) qui a présenté le film: Disturbing The Peace de Stephen Apkon (photo) et Andrew Young dans le forum: Israéliens et Palestiniens contre l’occupation suivie d’un débat avec Ali Abu Awwad, activiste et pacifiste palestinien, fondateur du mouvement national non-violent Taghyeer/Change et de la Roots initiative et Daniel Bar-Tal, Professeur émérite de l’Université de Tel-Aviv, fondateur de l’ONG Save Israel Stop the Occupation (SISO), modération Claire Doole, ancienne correspondante de la BBC (photo). A noter dans ce contexte: Marching For Peace: Can Woman Revive the Israeli-Palestinian Peace Process? table ronde en anglais à 19h le 22 mars au Graduate Institute, Auditorium Ivan Pictet à Genève

Hommage_John_BergerHommage à John Berger. Eloge du regard vendredi 17 mars en présence de Nancy Huston à 21h30 à Espace Pitoëff. John Berger, immense écrivain, essayiste, romancier et critique d art britannique, qui vient de nous quitter, a vécu pendant 50 ans tout près de Genève. Une soirée en toute liberté, avec des films, des lectures de textes inédits, et des discussions — en français et en anglais — proposée par Katya Berger (auteure et journaliste), Jacob Berger (cinéaste), Yves Berger (peintre), Aude Py (scénariste) et Tom Overton (éditeur et biographe de John Berger) en photo à gauche.
Les nouvelles technologies ont été débattues lors de la soirée Il était une fois la vie privée, en présence de l’avocat Max Schrems, qui a gagné un procès contre Facebook. Des ouvriers chinois sont venu dénoncer leurs conditions de travail lors du débat Sur nos téléphones et nos tablettes, les doigts de la honte. Une soirée au CERN, en présence de Yves Daccord, directeur général du CICR, ainsi que des représenants de l’EFPL, du HCR et de Swissnex, ont débattu de l’avenir de la région lémanique comme possible Silicon Valley de l’humanitaire.

Barbara_Polla_Mounir.Inauguration dimanche soir de de l’exposition Under the Skin, en partenariat avec la galeriste Barbara Polla (Galerie Analix Forever, en photo à droite) avec installation du président du Jury, le plasticien et vidéaste marocain Mounir Fatmi, (en photo à gauche) une oeuvre originale de l’artiste, créée spécialement pour la Maison des arts du Grütli, traitant de manière frontale de la désacralisation de l’objet religieux et de la fin des idéologies.

Tous les débats du Forum ont été diffusés gratuitement et en direct sur le site www.fifdh.org et le hashtag #fifdh2017 permettra aux spectateurs de poser leurs questions depuis le monde entier.
Cette édition a été dédiée à Keywan Karimi, brillant jeune cinéaste iranien, détenu à la prison d’Evin et condamné à 223 coups de fouets pour son film Writing on the city. Son nouveau long métrage, Drum, est présenté en Compétition internationale.

Palmarès

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Grand Prix de Genève offert par le Canton et la Ville de Genève dans la section Documentaires de création, remis par  Sami Kanaan (Conseil administratif de la Ville de Genève) à The War Show de Andreas Dalsgaard et Obaidah Zytoon, Danemark/Finlande/Syrie, 2016.Andre Gribi

Film de mémoire, film de combat The War Show porte haut les valeurs de la liberté. Obaidah Zytoon (en photo) et Andreas Dalsgaard racontent de l’intérieur le courage d’une génération. Ce film reste marqué en nous pour nous rappeler la beauté de l’engagement. C’est aussi un magnifique hommage à ceux que la répression a englouti.

A droite: remerciement à André Gribi, responsable de logistique et technique du FIFDH pour ses fidèles services par Isabelle Gattiker, directrice du FIFDH.

Raoul Peck Barbara HendricksRaoul PeckPrix Gilda Viera de Mello en hommage à son fils Sergio Vieira de Mello, offert par la Fondation Barbara Hendricks pour la Paix et la Réconciliation à I Am Not Your Negro de Raoul Peck, Etats-Unis/France/Belgique/Suisse, 2016. En réveillant la figure de l écrivain James Baldwin, le film donne à entendre l intelligence face à la brutalité. Le mariage des voix, des images d archive, de la musique forme un objet artistique puissant et envoûtant. Dans une période où les préjugés et le racisme s expriment sans honte à visage découvert, la voix de Raoul Peck nous rappelle l’urgence de ce long combat pour l égalité.

Prix du Jury des Jeunes, offert par la Fondation Eduki à The Good Postman de Tonislav Hristov, Finlande/Bulgarie, 2016. En racontant l’histoire d’un postier dans un village bulgare qui s engage en faveur de l accueil des migrants, Tonislav Hristov transmet avec émotion et humour le projet utopique de ce héros atypique. Une thématique au coeur de l’actualité qui représente avec brio les enjeux qui s’opposent à nos frontières. Sanjeewa PushpakumaraSanjeewa Pushpakumara La forme originale du film, se rapprochant parfois de la fiction, ainsi que l esthétisme des images contribuent à poétiser cette quête perdue.

Grand Prix Fiction et Droits Humains Offert par la Fondation Hélène et Victor Barbour et Prix du Jury des Jeunes, offert par Peace Brigades International à Burning Birds de Sanjeewa Pushpakumara (photo à droite), Sri Lanka/France/Pays-Bas/Qatar, 2016. La condition d une femme seule face aux inégalités et son image dans la société, face à la pauvreté et face à un pouvoir politique Manon LoizeauStaberoktotalitaire et corrompu a provoqué chez le jury des sentiments de révolte et d’indignation. Il a décidé de récompenser ce film fort, révolté et à l’esthétique puissante, soulignant notamment les paysages, les couleurs et les tons lumineux, les contrastes magnifiques ainsi que la récurrence de différents plans.

Grand Prix de l’OMCT, décerné par le Jury de l’Organisation Mondiale Contre la Torture, attribué à un cinéaste dont le film témoigne de son engagement en faveur des droits humains, pour soutenir l’écriture de son prochain film a été attribué par Gerald Staberock à Silent War de Manon Loizeau, co-auteure Annick Cojean, France, 2017.  Silent War traite avec subtilité, pudeur et une incroyable puissance la thématique du viol utilisé comme arme de guerre qui, bien qu’elle soit trop souvent ignorée et reléguée au second plan, continue d affliger nombre de femmes, communautés et de pays dans le monde. Et la double peine qui pèse sur la victime est le comble de l’horreur. En plus d’être convaincant et factuel sans montrer une seule scène des atrocités infusibles, l’appel au secours de ce film est une oeuvre d art digne d être connue du plus grand nombre. ©JLNabet