Lausanne Collection de l’Art Brut chateau Beaulieu 1975 2026 50 ans

La Collection de l’Art Brut, donnée par Jean Dubuffet en 1971 à la Ville de Lausanne, est installée dans le Château de Beaulieu, une demeure patricienne du 18e siècle, où des hôtes fameux y ont séjourné : Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI, sa femme, Suzanne, née Curchod, et leur fille Germaine, future Mme de Staël, le duc de Belluno, maréchal de Napoléon, l’historien Jules Michelet, entre autres. Le Musée y ouvre le 28 février 1976 dans la grange aménagée par les architectes Bernard Vouga et Jean de Martini. Des bureaux sont aménagés dans la maison du milieu. La surface d’exposition s’agrandit avec les salles blanches, côté sud (1985), l’ouverture d’une salle sous les combles (2002) et la réalisation d’un sas d’entrée (2005). Horaires d’ouverture du mardi au dimanche : 11h à 18h, + d’infos.

La Collection de l’Art Brut, à Lausanne, fête ses 50 ans en 2026 (Vernissage du 28 février 2026)

L’émergence de la notion d’Art Brut remonte au milieu du XXe siècle, lorsque le peintre Jean Dubuffet (1901-1985), parallèlement à son aventure artistique personnelle, commence ses prospections d’œuvres créées par des autodidactes, en marge du champ officiel de l’art, en Suisse. L’expression « Art Brut » s’impose à lui en 1945 lors de son voyage en terres helvétiques, durant lequel il visite notamment des collections asilaires et ethnographiques, des hôpitaux psychiatriques et des prisons. L’Art Brut désigne, selon ses mots, des «œuvres créées en dehors de toute influence des arts traditionnels et qui, en même temps, font appel aux couches profondes de l’être humain». Au fil de ses réflexions et à la lumière de ses découvertes fructueuses en Suisse, puis en France et dans d’autres pays d’Europe essentiellement, Jean Dubuffet, premier collectionneur et premier exégète de l’Art Brut, en établit les principes fondamentaux. En 1971, il lègue sa collection d’Art Brut à la Ville de Lausanne, et c’est ainsi qu’en février 1976, la Collection de l’Art Brut est fondée. 

Jean Dubuffet, artiste parisien, fondateur de l’Art Brut, photo Sabine Weiss 1979

Art Brut en Suisse. Des origines de la collection à aujourd’hui du 28 février au 27 septembre 2026, Collection de l’Art Brut, Lausanne, Château de Beaulieu, Lausanne

Cette exposition anniversaire présentera un large éventail d’œuvres d’une grande variété, dessins, peintures, sculptures, broderies, écrits, assemblages issues exclusivement des collections du musée lausannois. Certaines émanent du noyau historique dont on doit l’existence à l’artiste français Jean Dubuffet ; d’autres sont contemporaines et ont intégré le fonds de la Collection de l’Art Brut entre 1976, année de son ouverture, et 2026. Cependant, elles ont toutes été réalisées par des autrices et auteurs d’Art Brut suisses ou ayant créé en Suisse. Avec le thème de la Suisse comme fil rouge, cette exposition et la publication qui l’accompagne, contenant notamment un tapuscrit inédit de Dubuffet sur son voyage en 1945, ont pour objet de rappeller les liens étroits et durables entre l’artiste français et ce pays, qui l’ont conduit à offrir sa collection d’Art Brut à la Ville de Lausanne afin d’en assurer la pérennité et sa présentation au public. 

Oeuvres d’Aloïse Corbaz (1886-1964)

Ses premières œuvres sont découvertes par Jean Dubuffet en 1947 et sont acquises par la Compagnie de l’Art Brut en 1948. Née à Lausanne, Aloïse Corbaz rêvait de devenir cantatrice mais a exercé comme couturière. Après une déception sentimentale, elle travaille comme gouvernante en Prusse à la cour de Guillaume II, où elle développe une passion amoureuse imaginaire pour l’empereur. La Première Guerre mondiale la contraint à rentrer en Suisse, où elle manifeste des sentiments religieux et pacifistes si intenses que sa famille la fait interner en 1918 à l’asile de Cery, puis à celui de La Rosière, où elle reste jusqu’à sa mort. Peu après son internement, Aloïse commence à dessiner et écrire en cachette sur des matériaux récupérés qu’elle assemble. Dès 1920, le psychiatre Hans Steck reconnaît la valeur artistique de son travail et la soutient. À partir de 1941, la doctoresse Jacqueline Porret-Forel s’intéresse régulièrement à son œuvre et la fait découvrir à Jean Dubuffet en 1947, qui l’intègre dans les collections de l’Art Brut à Paris.

Hans Krüsi (1920-1995), ses œuvres figurent dans les collections du musée depuis 1983. Né dans le canton d’Appenzell en Suisse, connaît une enfance difficile, marqué par l’abandon et une santé fragile. Peu scolarisé, il travaille comme ouvrier agricole et forestier, mais rêve de devenir jardinier. Faute d’emploi stable, il vend des fleurs dans plusieurs villes suisses, puis s’installe à Saint-Gall et propose des bouquets à Zurich. Vers 55 ans, il commence à vendre de petites peintures réalisées sur des supports de récupération, témoignant d’une pratique artistique autodidacte qui inclut aussi la photographie et l’enregistrement sonore. Son œuvre, inspirée de souvenirs ruraux, représente des paysages, des animaux et des scènes champêtres, souvent organisés en cases. Il utilise des matériaux modestes et crée dans un bâtiment abandonné, où il collectionne carnets, appareils photo et matériaux divers pour ses créations.

Heinrich Anton Müller (1869-1930), Les premières œuvres de cet auteur sont acquises par Jean Dubuffet en 1950. Elles figurent dans les collections du musée depuis 1976, à la suite de sa donation. Henri Antoine Müller, dit Heinrich Anton Müller, né à Versailles en 1869, s’installe en Suisse avec sa famille et invente une machine pour greffer la vigne, brevetée en 1903. Après avoir perdu les droits sur son invention, il sombre dans le désespoir et est interné en asile en 1906, où il restera jusqu’à sa mort en 1930. À l’asile, il crée des machines animées à partir de matériaux de récupération et réalise des dessins d’animaux imaginaires et de personnages étranges sur des papiers recyclés, cousus ou collés aux murs. Il accorde aussi une grande importance à l’écriture, produisant des textes calligraphiés et mystérieux. Les œuvres de Müller sont découvertes par Jean Dubuffet en 1945 et exposées à Paris en 1949, puis à l’asile de la Waldau en 1950.

Martial Richoz (1962-2024), ses œuvres figurent dans les collections du musée depuis 1985. Originaire de Lausanne, développe dès l’enfance une passion pour les trolleybus. Ne pouvant devenir chauffeur à cause de son inaptitude au permis, il crée une compagnie de bus imaginaire et incarne tous les rôles, circulant dans la ville avec des véhicules bricolés à partir de matériaux de récupération. Il reproduit fidèlement les détails des trolleybus et dessine les itinéraires de son réseau fictif. Sa vie entière s’organise autour de cette obsession, qu’il assume pleinement. En 1983, un documentaire intitulé « L’Homme-bus » lui est consacré, rencontrant un accueil positif. En 1986, il est hospitalisé d’office, ce qui suscite un vif intérêt médiatique local. Après cet épisode, il cesse ses activités et fréquente un centre de jour psychiatrique pendant plusieurs années.

Depuis son ouverture en 1976, ce musée municipal s’est enrichi grâce à de nombreuses acquisitions et dons, rassemblant des œuvres d’une grande diversité, notamment des dessins et peintures, des sculptures et assemblages, des photographies et des œuvres textiles. Cette institution muséale, de référence internationale, est réputée pour la richesse et la diversité de ses collections et pour sa valeur historique unique. Elle est aussi le premier musée public au monde entièrement dévolu à l’étude, à la conservation et à la présentation d’œuvres d’Art Brut. En 1976, la Collection de l’Art Brut comptait un peu plus de 5 000 œuvres ; elle en possède aujourd’hui plus de 70 000 et attire près de 40 000 visiteur·euse·s chaque année. Il est maintenant temps pour elle d’envisager de s’agrandir afin que Lausanne demeure, tel que l’avait souhaité en 1971 Jean Dubuffet, le centre de référence pour l’Art Brut. 

Programmation événementielle durant l’année des 50 ans – mois de mars 2026

  • Du vendredi 6 mars au dimanche 15 mars 2026 La Collection de l’Art Brut aux Rencontres du 7ème art : carte Blanche 3 films cultissimes du cinéma indépendant américain sont programmés par la Collection de l’Art Brut. Lundi 9 mars 2026 : Into The Wild, Sean Penn, 2007, 2h28. Jeudi 12 mars 2026 : Une histoire vraie, David Lynch, 1999, 1h52 – Vol au-dessus d’un nid de coucou, Milos Forman, 1975, 2h18
  • Samedi 14 mars 2026 Martial Richoz, dit « l’Homme-bus » : une figure inspirante A la Collection de l’Art Brut. Fanny Molins, réalisatrice française, évoquera avec son co-scénariste Victor Jestin l’élaboration de son premier long métrage de fiction en cours d’écriture: une comédie dramatique basée sur la vie de l’auteur d’Art Brut Martial Richoz.
  • Samedi 7 mars 2026 Projection au cinéma CityClub Pully : Le fonctionnaire, l’Art Brut et les cambrioleurs, de Philippe Lespinasse, 2025. Suivie d’une discussion avec Philippe Lespinasse et Michel Thévoz/ Modération : Florence Grivel Concert : Agathe Bissap La Menace.
  • Dimanche 8 mars 2026 Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes, l’oeuvre et le parcours singulier d’Aloïse Corbaz sont mis à l’honneur àla Collection de l’Art Brut. 14h à 14h30 : Présentation des œuvres d’Aloïse par les guides du musée 14h30 à 15h : Projection Le miroir magique d’Aloïse, Florian Campiche, 1967, 24’. 15h à 17h : Discussion à propos d’Aloïse Corbaz, + d’infos.